ça me semble une éternité. Tu viens tout juste de partir et je t’écris déjà. Il y a encore ton odeur sur mon lit, dans mes draps, je la sens sur mon corps et je refuse de prendre une douche et de laver mon t-shirt, je ne veux pas oublier cette odeur, je veux la garder près de moi jusqu’à ton retour car elle n’existait pas jusqu’ici dans les rayons de ma mémoire, elle n’est liée à aucun souvenir de garçon comme tous ces parfums quotidiens, alors elle est fragile et c’est pour ça que j’ai si peur de la perdre, un peu comme les nouveaux visages, tu sais, ceux des gens tout juste rencontrés, qui ne sont pas encore solidifiés par l’habitude, et dont les traits se mélangent dans l’imagination.

Adrien ne m’en veux pas si je compte les jours et les nuits qui me séparent de toi, je crois que je me suis attaché alors j’ai peur, j’ai peur que tu ne reviennes pas si je te dis que tu me manques, si je te dis que les 11 jours et un soir que nous venons de passer ensemble sont peut-être les plus beaux de ma vie, depuis le moment où tu es venu frapper à ma porte et où tu m’as embrassé sans un mot, sans même me dire bonsoir, avec tes belles mains qui se tenaient à mon cou, et ta barbe qui brûlait mes joues. Je ne voulais pas que tu partes et j’ai l’impression de sortir d’un rêve. Tu n’es plus là dans mon lit dans mon appartement, et j’en viens à me demander si tu n’étais pas qu’un produit de mon esprit car tu n’as pas laissé la moindre trace hormis ton odeur, ton odeur qui me fascine et qui me hante.

Je vais tâcher de ne pas t’écrire trop souvent, je ne veux pas que tu prennes peur ni que tu m’échappes. Je m’occuperai de mon livre et de mes projets, j’essaierai de sortir un peu. C’est en quelque sorte ma résolution pour la nouvelle année, et c’est toi qui me l’a inspirée : ne plus me comporter comme un sauvage, car au fond tu as sans doute raison, je me dis que ce n’est pas normal de rester enfermé tout le temps à mon âge, il faudra bien que je me force à rencontrer des gens. Tu vois tu me disais que le réveillon est un soir comme un autre et c’est vrai que rien n’a changé, mais j’ai l’impression que le nombre 2013 a modifié ma perception de la réalité, il s’est incorporé dans les choses et les a rendues neuves, comme si l’année qui commence ouvrait tout un ensemble de possibilités. A moins que ce ne soit un effet de notre rencontre.

Adrien je suis heureux d’avoir passé le réveillon dans tes bras, je vais me résoudre à me lever et à prendre une douche, tant pis pour ton odeur, sinon tu vas croire que je ne tiens pas ma résolution.

Ton petit voisin d’en-dessous qui t’embrasse,

Antoine.

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2 réflexions sur « 11 jours et un soir, »

  1. Je vais en avoir des lettres à rattraper. Je comprend mieux ce « j’aime » sur mon site.
    Votre constellation me plaît beaucoups.

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