Mon cher Adrien,

Depuis qu’on m’a enlevé le plâtre de l’avant-bras, je passe mes journées sous la douche ! Je dois encore garder le corset une semaine, en tous cas pour sortir et marcher, mais je peux le retirer à la maison. Et comme tu le vois, je me rééduque le poignet en tapant sur le clavier. Je me répare petit à petit. Selon les dernières radios, mes os se ressoudent correctement. Et je vais commencer les séances de kiné à la fin du mois.

Je me remets plus lentement de la mort de Talgo. Il était le seul lien qui me restait de mon père. Et ma dernière source de revenus. Je m’en veux. Je ne l’avais pas monté depuis si longtemps…

Et j’ai gâché les vacances de tout le monde. J’ai relu les nombreux mails que vous m’avez tous envoyés. Et voilà, je commence à y répondre, même si le médecin m’a demandé d’y aller doucement : la position devant un ordinateur n’est pas idéale après une fracture de vertèbre. Mais c’est bon pour mon cerveau ! En effet, on n’imagine pas le peu de choses qu’on peut faire lorsqu’on reste sur le dos pour calmer les douleurs et qu’on est affublée d’un corset et d’un plâtre. Alors je compte bien rattraper le temps perdu.

A ce sujet, c’est bizarre, mais depuis que je suis rentrée à la maison, je me suis mise à tout chronométrer : le temps que la lune met à se déplacer la nuit d’un point à un autre (il faut dire que je n’avais que ça à faire lorsque j’étais alitée !), le temps que met l’infirmière à sortir sa trousse quand elle vient faire mes soins, le temps qu’il me reste à attendre le retour de Gabriel ou des garçons, le temps que Paul consacre à ses jeux vidéo (pour l’instant, c’est lui qui détient le record), ou plus stupide encore, le temps que met ma trotteuse à faire le tour du cadran ! C’est presque devenu un TOC. Je chronomètre, je chronomètre….

En tous cas, je te remercie pour tes lectures du jeudi soir. J’ai particulièrement aimé Je l’aimais, de Gavalda, l’histoire de cet Adrien (!) qui est parti… Tu as vraiment une belle voix. Tu n’as jamais eu envie de te mettre au chant ? Ilana fait partie d’une chorale depuis la rentrée. Elle en avait assez d’entendre sa coloc taper contre le mur lorsqu’elle chantait à tue-tête dans sa douche le matin. Du coup, elle va y mettre un peu plus d’Hallelujah (ceux de Jeff Buckley), la chanson qu’elle apprend en ce moment.

Et j’aime toujours autant tes récits de voyages. On dirait des romans… Combien de temps restes-tu à Nice ? Non, non, le poste pour lequel j’ai été reçue en entretien n’est pas tombé dans les oubliettes. Je croyais te l’avoir dit, mais en revenant à la maison, après l’accident, j’ai trouvé ma lettre d’engagement de la société de Nice. Ils se sont finalement installés à La Défense pendant l’été. J’ai appelé la personne qui m’avait reçue en entretien au mois de mai. Je lui ai expliqué que j’avais fait une chute de cheval, que j’étais immobilisée pour 3 mois, etc. Et bien il fallait s’en douter : ils n’ont pas voulu de bras cassé ! D’ailleurs, c’est le bras droit du directeur en personne qui me l’a dit ! Ce n’est pas de chance quand-même…

Je t’embrasse,

Mathilda la fracassée !

PS : comme tu le vois, j’ai peut-être perdu du temps, mais je n’ai pas perdu mon humour…

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