Adrien,

Je m’en vais. Je pense qu’il est inutile que nous nous revoyions avant mon départ. Je retourne dans ma famille. Décidément, rien n’a marché pour moi à Paris : j’ai perdu un ami, j’ai perdu mon inspiration, et je ne t’ai jamais trouvé. Femme, enfants, je savais que tu ne les quitterais pas pour moi. Mais c’est tout le reste que j’abhorre, ta vie que je pensais percer mais que je n’ai jamais fait qu’effleurer.

J’ai toujours su que je ne serais jamais grand-chose pour toi. Découvrir qu’on n’est rien, ça fait mal. Je n’ai pas la force de poursuivre vers un chemin que je sais en cul de sac. Depuis que nous sommes ensemble, nous ne nous écrivons plus. Nous ne nous parlons plus. Tu répondais à un dixième de mes sms. Tu ne m’accordais que très peu de temps : 10 minutes d’étreinte une fois par semaine, tout au plus. Entre ça, qui me fait souffrir, et rien, qui me laisserait au moins en paix, je préfère encore être seule mais ne plus avoir mal.

Retourner dans ma campagne natale me fera du bien. Je ne vois pas ça comme un échec. C’est une renaissance : en retournant à la source, peut-être réussirai-je à choisir la bonne voie, pour ne plus me planter lamentablement. Mon expérience parisienne m’a ébranlée plus que je ne le pensais. Quoique je sache bien que tu ne m’écriras pas, je ne te donne pas mon adresse, et je blackliste ton adresse mail.

Ne t’inquiète pas pour moi. J’irai peut-être bien dans l’hémisphère sud finalement. J’en ai toujours eu l’envie, mais jamais le temps ; peut-être m’as-tu aidée à me décider à me lancer. Tu me disais de poursuivre mes créations et de ne pas m’engourdir : je ne vais pas m’ankyloser à Orléans.

Je ne pense pas t’avoir aimé. Je ne suis même pas sûre d’avoir eu des sentiments à ton égard. Un vague attachement ? Je savais bien que je ne t’avais pas, et c’est cela qui me mettait en rage. Je peux te le dire à présent.

Je ne sais pas ce que tu penseras de ce mail. J’espère que tu regretteras un peu nos entrevues. Elles étaient brèves, mais assez intenses, du moins au début.

A toi,

Armance

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