Adrien,

Tes parents ont appelé la semaine dernière pour confirmer qu’ils étaient bien rentrés. Ta mère m’a longuement gardée au téléphone pour répéter combien elle était enchantée de ce repas avec toute la famille. Elle a redéroulé toute la journée en détails comme pour mieux immortaliser chacun de ces moments : les plats qui lui rappelaient l’Italie (« ah ces poivrons marinés, et les aubergines grillées… et la coppa, et la soppressata… sans parler des involtini que Sophie a apportés… leur épicier italien fait des merveilles… »), ses petits anges (« Viviane, comme elle est charmante… Tristan ressemble de plus en plus à Adrien… et Baptiste, qu’est-ce qu’il est grand… »), et bien sûr ses trois fils réunis. C’est vrai que Bell’Ma rayonnait de bonheur au milieu du clan, avec tous ses enfants autour d’elle.

Et ce fut je crois une bonne journée pour tous.

Quand j’y repense… c’était bien toi ça, d’apporter une hache pour « enterrer la hache de guerre » avec Marc et ton père ! Je ne sais pas ce que vous avez réellement enterré, mais finalement, malgré les petits accrochages inéluctables avec ton père, celui-ci a plutôt fait preuve de bonne humeur. Il faut dire que Gabriel sait bien calmer le jeu dans ces cas-là, même si je l’ai senti moins convaincu que d’habitude pour prendre ta défense. D’ailleurs, je l’ai trouvé assez distant avec toi. Il me dit que je me fais des idées. Est-ce le cas ?

Bon, sinon, Marc, égal à lui-même… Évidemment, il connaissait déjà la tourte sucrée aux blettes, évidemment, celle qu’il avait mangée était meilleure que la mienne… mais évidemment, il en a quand même repris deux fois ! C’était néanmoins sympa son petit concert après le dessert en duo avec Tristan. Tristan a bien progressé au piano. Ce serait dommage qu’il abandonne. Quant à Viviane, je ne sais plus où tu étais à ce moment-là, mais elle m’a bien fait rire quand elle a raconté sa mésaventure avec la boulangère. Je ne la trouve pas aussi timide que tu le penses. Elle a simplement la réserve des grandes dames ! (et je ne dis pas ça parce que je suis grande…).

Tu sais que Baptiste et Paul ont dévoré tes récits de voyages ! Et depuis ce repas, Paul ne cesse de parler de toi. C’est pour quand déjà votre sortie piscine ? En tous cas, bravo, tu as réussi à l’intéresser à autre chose qu’à ses jeux vidéo. Je trouve que plus les enfants grandissent, plus on te sent à l’aise avec eux, alors que jusqu’à présent, tu nous as plutôt habitués à n’y porter que peu d’attention.

Pour répondre à ta question : non, toujours pas de réponse de Nice. Aux dernières nouvelles, ils n’ont pas encore déménagé leurs bureaux à Paris, il me faut donc attendre. Finalement, je ne suis pas pressée. Même si c’est moi qui ai pris la décision de retravailler, je me demande si c’est une bonne idée. Je me sens décalée. Passer de l’univers d’une femme au foyer au monde du travail nécessite de traverser plusieurs fuseaux horaires. En outre, à part Baptiste, personne ne m’encourage vraiment dans la famille à aller jusqu’au bout de cette destination. Comme si le fait de changer de statut allait me changer, moi, ou ébranler de vieilles traditions… D’ailleurs, tu l’as remarqué, personne au cours du repas ne m’a demandé où j’en étais dans ma recherche d’emploi. Comme si la question était taboue, comme s’il s’agissait d’une imposture. Tu dois me comprendre, n’est-ce pas ? Ton travail est souvent aussi un sujet de discorde avec Marc ou ton père…

Allez, à bientôt pour ta séance de piscine avec Paul.

Embrasse Sophie et les enfants.

Mathilda

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