Je n’en reviens pas, tu as avoué ça y est tu n’as plus peur de ton débilos de frère, à quand la société entière, je baisse mon chapeau. Je suis soulagée aussi et un peu égoïste, j’avais peur que tu me demandes à nouveau de te servir d’alibi ou que tu le fasses dans mon dos. J’espère que tu m’en veux pas d’avoir refusé. En même temps je suis contente, peut-être que c’est aussi ça qui t’a poussé à avancer.

Hier je suis allée voir Dallas Buyers Club aux Halles et ça m’a fait penser à toi, pas pour le sida hein te vexe pas dès le départ, ce qui m’a fait faire le lien c’est toute cette communauté de gens qu’on n’aime pas, les homos, les trans, les malades, les parias jartés par la bonne société des cow-boys avinés et gueulards, pour qui le mec bien c’est celui qui baise et qui tient plus de 8 secondes sur une vache la bouteille vissée au gosier et tous les autres alors, ceux qui sont pas assez comme ça on leur refuse une poignée de main ou on leur crache à la gueule pour la simple raison qu’ils existent et qu’ils osent ne pas en avoir honte. En sortant je me suis dit quand même, tous ces cinglés de la Manif pour tous, on devrait les jeter au ciné par troupeau, les gaver de Brokeback Mountain et de Dallas B, qu’ils voient ce que c’est l’autre côté pour la première fois de leur vie, tu l’aurais vu Jared Leto et sa gueule ravagée par un cocktail de drogues de sida et de médicaments qui tuent plus qu’ils ne soignent, son rachitisme enserré dans une robe toute rose, Eve-daaarling tu la trouves pas un peu trop décolletée ma robe ?

Tout ce que j’ai pensé en le voyant, qu’est-ce qu’on a de la chance de vivre en France et en 2014, d’avoir un peu de culture et d’être capable de ne pas haïr ce qui est différent parce qu’il est différent, le pire c’était la scène où Jared retrouve son père à qui il veut demander de l’argent pour sauver son poteau cow-boy, il s’est remis ses habits d’homme et séparé de tous ses apparats il apparaît si faible, crevard, imberbe ni cils ni sourcils et l’autre gros qui le regarde depuis son fauteuil l’air de se demander : c’est mon fils ça, sans déconner ? Mais alors qu’est-ce qui compte le plus, que c’est mon fils ou que c’est une pédale ? Dois-je le traiter comme mon fils ou comme une pédale ? DE DIEU, c’est au fils que je le file, ce fric, ou à la pédale ; je donne, je garde ?? Oh Lord…

Qui est-elle la société qui dicte aux gens qui ils doivent être et qui ils doivent aimer ? Moi je suis amoureuse de Jared depuis Requiem, et depuis hier je me demande si je suis pas encore plus accro maintenant qu’il a été une femme. Je les imagine la Manif des grognons devant Jared et Matthew McConaughey, le type le plus sexy de la terre transformé en sac d’os, magistral, de l’humanité pour de vrai, celui qui comprend rien puis qui commence à comprendre que parfois on ne choisit pas, que parfois la nature se plante et glisse des nanas dans des corps de mecs et que les pauvres ils sont obligés de vivre quand même même si ça fait chier les gens respectables, et que parfois un homme fort peut tomber malade et que même il peut mourir, que les hommes qui aiment les hommes ont un foie et un cerveau à double encéphale et ils jouissent et ont mal comme les autres, on se démerde avec ce qu’on a, il n’y a d’amour que l’amour mais le problème c’est que quand on commence à comprendre ça faut dire adieu à la case « respectable ».

Je me demande souvent ce que ça fait d’être homo, une question à la con tu vas te dire, une bonne question de con d’hétéro ! Ce qui m’intéresse c’est pas tellement ce que ça fait d’aimer quelqu’un de son sexe, ça j’imagine que ça doit pas être bien différent, mais ce que c’est que d’être dans les 10% pas pareil. Moi j’ai bien essayé, tu me connais j’aime bien savoir de quoi je parle, j’ai vraiment essayé d’aimer des filles histoire de comprendre mais bon sans déconner je suis pas faite pour les nibards, c’est pour ça que je te demande.

Pour revenir à ton frère essaye de pas le juger, on a la chance d’aimer autant qu’on veut sans se taper les grossesses à répétition ni ces saloperies de maladies, un miracle le XXIème siècle, le siècle du plaisir sans danger, quand viendra l’heure de tomber amoureux il s’assagira tout seul tu verras, ce glouton jaloux, il y a un temps pour être con et un temps pour grandir.

Vendredi c’est les miens de frangins qui me rendent visite, les jumeaux qui viennent passer la soirée à la maison, j’aurais bien aimé que tu viennes mais je sais que toi le vendredi c’est ton day off. Alors tiens moi au jus pour le burger.

Je t’embrasse,

Asia

PS : Pas très envie de parler d’Alexandre. Ni de mes non-cheveux. Je peux juste te dire que je me suis achetée un bonnet noir très doux et que cela me ravit.

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Une pensée sur « Antoine donne-moi une date et je m’adapterai, je suis libre tous les soirs en ce moment sauf le mardi, alors décide ! Qu’on se le fasse ce resto, à la fin. »

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