Comme tu y vas Jean-Baptiste ! Une bonne idée pour qui ? Pour toi peut-être ; pour moi certainement pas et tu le sais très bien et ça ne t’empêche pas de continuer à écrire : comme d’habitude, tu agis selon ton bon plaisir. La certitude qui est la tienne d’obtenir toujours ce que tu veux au moment où tu le veux a ses limites, en ce qui me concerne elle ne sera plus jamais fondée.…

Bonsoir Jean-Baptiste

ou bonjour j’en sais rien il est quelle heure chez toi ? J’ai relu ton mail de saupoudrage de neige et ça m’a donné envie de répondre, ici ça saupoudre aussi mais de la poudre de soleil, c’est l’été qui pointe enfin son nez et qui est toujours de bon augure tu me connais, mon bonheur est fonction du temps…

Je me passe de salamalecs je sais que tu vas bien, parfaitement bien même comme toujours, et puisque tu me demandes aussi comment je vais avec ton espèce de regard qui montre que ça t’intéresse vraiment, moi aussi je vais bien tu sais bien tout va toujours pour le mieux.…

Salut Antoine,

Désolée pour hier, je sais qu’on avait dit qu’on profiterait de la fête du bruit ensemble, mais je t’avoue que j’ai même planté le groupe alors qu’on devait jouer en début de soirée – inutile de te dire qu’ils étaient furax. J’avais vraiment besoin de rentrer à la maison. D’ailleurs j’ai bien fait : je me sens mieux. J’ai revu la mer, je me suis abandonnée dans les bras de ma Maman et j’ai oublié à quel point j’étais triste.…

Surprise ? Pas vraiment, Monsieur Pulsar. Il n’est guère surprenant que vous refassiez surface au moment où s’émiette l’entité Asialexandre. Alex ne vous a rien dit bien sûr, Antoine non plus, d’ailleurs Antoine vous voit si peu, il ne perdrait pas son temps à parler d’autre chose que de lui-même ! Mais Antoine est un enfant dont il est si facile de tirer les vers du nez, n’est-ce pas, Adrien ?…

Au fond, qu’importe.…

Yo Antoine,

Je voulais te remercier pour cette soirée passée tous les deux, tu avais raison, ça faisait trop longtemps. Tu vois au début ça m’embêtait un peu, je me disais : trois heures de moins à bosser sur ce morceau de merde que je n’arrive pas à m’approprier, trois heures de perdues ! Et puis finalement quel soulagement de te rencontrer de nouveau, quelle joie de te retrouver, trois heures de gagnées.…

Bonjour Jean-Baptiste,

On peut dire que pour une surprise, c’en est une. Alors comme ça, tu as passé ces vingt derniers mois à m’épier sur Internet, et jusque dans ma ville ! Fidèle à ton personnage… Ne prends pas cette réponse pour une victoire, je ne sais pas du tout si j’ai envie de reprendre contact avec toi. Je t’écris par politesse d’une part, et d’autre part pour te rassurer : j’existe toujours, je vis toujours à Paris, je vais bien.…

Tu te souviens de Jean-Baptiste, le mec des US ? Je viens de recevoir un mail de lui. Je n’ai aucune idée de comment il a retrouvé ma trace, mais ça ne me plaît pas du tout. Toute son explication pue, on dirait qu’il a passé les six derniers mois à éplucher les réseaux sociaux pour me localiser. Même lors de sa visite à Paris il est allé fouiner dans les quartiers où je traîne pour voir si je n’y étais pas.…

Salut Antoine,

Ça y est, figure-toi, je peux à nouveau écrire des mails ! Nouvelle année, nouvelle adresse, plein de bonnes résolutions, bonnes à foutre à la poubelle (ne sont-elles pas faites pour ça?), que de réjouissantes perspectives ! Que te souhaite-t-on pour 2015 ? Le point final à ton roman ? Le débarquement de l’homme de ta vie ? La paix intérieure ?…

Antoine, Antoine, Antoine, laisse Adrien se la jouer sur Twitter si c’est la seule chose qui caresse encore son ego blessé ! Tu lui as bien fait comprendre que tu ne voulais plus de lui dans ta vie, alors essaye de faire le grand et assume tes choix… Que tu l’admettes ou non tu es jaloux, parce que comme tout être humain tu ne supportes pas l’idée que ton ex s’automasturbe à la vue de l’augmentation de ses fans virtuels, qu’il ne soit pas obsédé par ta personne, en train de se morfondre en tripotant une photo de vous deux, je crois même que tu es jaloux parce que tu aimerais bien qu’à toi aussi, 500 personnes likent ta photo en moins de cinq minutes.…

la manif à la mémoire de Rémi Fraisse, « contre la violence policière », et il ne s’y est pas passé grand-chose – de toute façon on n’a pas pu marcher vu que la préfecture avait interdit le rassemblement. Quand je suis arrivée la zone était criblée de CRS, ça faisait comme plein de petites fourmis qui se baladaient autour de la rotonde, tellement de flics, si peu de manifestants, c’était presque drôle : on fait si peur que ça ?…

Antonino, merci pour le livre. Comme à chaque nouvelle lecture, en moi Asia s’efface et naît une héroïne. Je plie avec les mots : depuis Fergus et Grainville et cette passion soudaine pour les Indiens d’Amérique, je regrettais de ne pouvoir sortir de chez moi les joues badigeonnées de rouge et des plumes dans les cheveux.

Avec ton livre, le livre d’Anaïs Nin, Anaïs, c’est l’appétit sexuel qui se réveille dans l’appétit intellectuel, la liberté dans les mœurs, à cause de toi sans cesse je me cambre en pensée dans les caresses d’Alex et en rêve dans le sexe d’autres hommes.…

Antonio caro,

J’ai bien reçu ton mail et je me désole de telles nouvelles. Non, je ne crois pas que tu sois un lâche, je n’ai aucune idée de la façon dont je réagirais si j’étais dans une telle situation, déchirée entre le besoin d’être aimée telle que je suis, et la réalité d’une famille trop obtuse, trop bête, pour tolérer que j’aie pris un chemin différent de celui qu’ils avaient fantasmé pour moi, au contraire je te trouve courageux de subir sans broncher une telle mascarade (j’allais écrire « une telle mascarpone »… Tu m’excuses hein, l’Italie commence à me sucer le cerveau).…

mon petit Antoine.

Je hais profondément ceux qui maltraitent les animaux pour le plaisir de la cruauté, tu vois de quel type de gens je parle hein, ceux qui n’ont d’autre moyen de sublimer leur médiocrité qu’en l’infligeant aux êtres les plus faibles. Ça te va pas, de jouer les bad boys, ça te rend tellement moche, tellement con, tu n’es qu’un enfant capricieux à qui on aurait dû inculquer le respect avec un peu plus de baffes.…

Mon petit Antoine,

Permets-moi de te dire une fois de plus combien je suis désolée de ce qui t’arrive. C’est tellement rageant, tellement injuste de devoir tout reprendre à zéro, et après tout ça, tout ça pour ça ! Ça enlèverait presque toute envie d’écrire, oui, tout laisser tomber, tant pis c’est trop con mais j’y avais trop mis tout mon cœur et là, tout ce travail réduit à néant !…

c’était pas mauvais hein, mais pas de quoi fouetter un enfant rouge…

J’ai été touchée que tu me racontes tout ça, tes souvenirs avec Nino et Adrien, ça m’a donné envie de te parler un peu de moi aussi, je la connais bien cette addiction sentimentale que tu décris avec tant de détails (d’ailleurs c’est peut-être pour ça que je n’arrive pas à m’attacher à Alex malgré tout ce temps, c’est pas que je ne l’aime pas, il est très gentil mais je vois bien qu’il a ce besoin de plaire à tout le monde, surtout aux filles et ça ça me fait peur, alors je préfère rester loin).…

Alex,

Mon portable est mort c’est la grosse lose, donc stp ne me réponds pas par texto. Je sais que tu veux pas me gâcher la surprise, mais dis-moi au moins ce qu’il faut que j’emporte comme vêtements, j’ai pas envie de me retrouver à crever de froid/ de chaud (mais à choisir je préfère mourir de chaud, au pire je finirai à poil et tu seras à ma merci).…

Salut Alex,

Oui je vais bien et non je ne t’ai pas pardonné. Ça m’a fait plaisir de te voir hier, je m’en suis voulue à mort sur le coup et puis après je me suis dit pourquoi pas après tout, qu’est-ce que j’ai à perdre, ce n’est qu’un café, il va m’inviter et moi je me ferai belle et je le regarderai se pisser dessus tout le long, tu ne t’en mordras jamais assez les doigts.…

Je n’en reviens pas, tu as avoué ça y est tu n’as plus peur de ton débilos de frère, à quand la société entière, je baisse mon chapeau. Je suis soulagée aussi et un peu égoïste, j’avais peur que tu me demandes à nouveau de te servir d’alibi ou que tu le fasses dans mon dos. J’espère que tu m’en veux pas d’avoir refusé.…

Bien naïve aurais-je été d’imaginer que tes avances étaient uniques. Tu as dû en voir tellement, des stagiaires qui défilent dans (sous ?) ton bureau, comment te reprocher de céder à ces incessantes tentations ?

Tu me trompes, et non content d’être un salaud tu me l’écris par mail, ben oui, après tout, pourquoi se fatiguer ni excuses ni regrets et tu t’es senti… con ?…

Je rentrais d’une fête mes parents dormaient. Des copains que j’avais pas vus depuis longtemps, les vieux de la vieille et d’autres aussi, que je ne connaissais pas ; je ne connaissais pas le bar non plus, ils n’avaient pas poussé le volume de la musique à fond et on pouvait parler – tant mieux d’ailleurs parce que c’était de la daube, tu sais, ces chansons pseudo latino qui ont pollué l’antenne tout l’été, les Ai Se Eu Te Pego et Danza Kuduro et tous ces tubes de merde, d’ailleurs on a pas fait long feu au bout d’une heure on s’est tirés chez mon pote Guillaume.

et crois-moi j’avais vraiment l’intention de te souhaiter un Joyeux Noël. Une très belle lettre que j’ai pas pu finir, messe oblige, c’est comme ça chez moi, Noël ça commence à l’église et ça finit chez les grand-parents maternels, tu l’aurais aimée ma lettre, peut-être qu’elle t’aurait fait sourire mais je crois que tu aurais aimé les métaphores et les couleurs.…

Merci pour tes coups de fil, Antoine. Ça m’a beaucoup touchée. Je suis désolée pour tous ces changements de dernière minute, je te promets qu’on arrivera à se voir dès que les choses seront calmées. Je retourne en Bretagne aujourd’hui, l’enterrement a lieu demain. Pour ce qui est de ma vie, je la reprends après. Je t’embrasse. Asia

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Je dormais bien, c’est rare, le fixe a sonné il faisait encore nuit et je dormais toujours, je sais que c’est Papa, il faut que je me lève je sais je lui avais dit, en cas d’urgence appelle-moi sur le fixe, j’éteins toujours mon portable la nuit, est-ce que c’est Papa, je ne sais pas, je me lève mais je dors toujours, la voix bout du fil, juste un mot : c’est fini.…

j’espère que tu en as bien profité avec Adrien. Ça m’embête un peu que tu m’utilises comme alibi, je connais Martin et je sais qu’il va le crier sur tous les toits, je n’ai pas très envie de me lancer dans un mensonge comme celui-là, ça finit toujours mal. Tu n’as qu’à dire que tu devais lui parler d’un problème de copropriété, ou de n’importe quoi, j’imagine que tu n’en es pas à ta première excuse, tu sauras trouver quelque chose de parfait.

je t’ai envoyé un texto ce matin mais ça ne veut pas partir, j’espère au moins que tu as reçu celui d’hier ! Je n’ai pas pu venir avec toi découvrir ton burger, j’ai dû m’absenter de Paris samedi et dimanche, un weekend lourd en émotions, je te raconterai. Si tu veux on peut repousser le plan à demain ? Ça te dirait, ça, un burger demain midi ?…

Cher Antoine,

Désolée pour l’absence de nouvelles, je sais, ça fait un bail. Ça servait à rien de t’écrire plus tôt, j’étais en colère contre toi, contre Adrien aussi, pas très utile de continuer à s’engueuler par mail hein? Pour quoi faire… Un léger soulagement sans doute, sur le moment, mais après, ça n’aurait rien changé, alors à quoi bon. Je ne comprends toujours pas la réaction d’Adrien mais ma colère est retombée tu vois, il faut du temps, juste un peu de temps pour déglutir assez fort et que l’arête coincée dans la gorge retombe.…

Cher Adrien Pulsar,

Vous mieux que quiconque savez combien le désir qui survient entre deux êtres ne se décide pas, ne se maîtrise pas, que le désir est maître et roi.

Vous le savez, Adrien, et lorsque j’ai appris que le jeune homme à qui vous m’avez fait demander l’hospitalité était votre amant (un amant que vous malmeniez bien fort, à cette époque), je n’ai rien dit.…

Tu ne savais pas qu’il ne fallait pas en parler à Adrien ? Sérieusement ? Ça ne t’a pas effleuré l’esprit que raconter mes affaires sentimentales pourrait me mettre dans une position difficile, sans parler d’Alexandre ? Ou alors tu aimes tellement les ragots que ça ne t’a même pas ému…

Je ne voulais pas répondre à ton dernier mail plus tôt, de crainte que ma colère me fasse écrire des mots qui dépassent ma pensée.…