Ma chère Asia,

La mort de David Bowie m’a cueilli un lundi matin alors que je revenais de Los Angeles, après une nuit de black-out Internet, avion oblige, quand, en attendant mon bagage je rallumais fébrilement mon téléphone pour vérifier les nouvelles — soulagé de ne voir aucune mauvaise nouvelle, entendre attentats, actes terroristes et tout ce contre quoi nous tendons le dos ces temps-ci — comme sortie de nulle part l’annonce de la mort de David Bowie est tombée, irréelle en ces temps d’attentats à répétition, aussi triste qu’elle soit, une mort naturelle en somme.

Ce petit mot, cher Adrien, pour envoyer mon soutien, mes pensées, à vous, à vos proches, à tous les Parisiens, à tous les Français.

État de choc ici aussi, soutien total de tous et de toutes, Américains, expatriés, nous sommes tous dans le même bateau. Il ne sombrera pas, le Parisien est têtu, tenace, combien de fois les barbares ont été à sa porte, dans ses murs — il y a 70 ans encore, à peine — et il n’a pas sombré, il s’est relevé, avec fierté, encore plus fort qu’avant.…

Cher Adrien,

Cette fois-ci c’est à propos de notre amie commune, Asia. Comme nous en avions discuté lors de votre séjour à New York et comme nous nous étions mis d’accord pour échanger des nouvelles et des informations à son sujet, voilà les dernières informations que j’ai. En discutant à bâtons rompus par mail avec elle, j’ai appris diverses choses qui m’inquiètent à tout le moins.…

Cher Adrien,

Ce mail-là est personnel, pour le business vous avez reçu l’autre. Concernant ma venue à Paris (pas avant quelques semaines mais comme je vous disais il y a déjà quelques procédures à implémenter pour éviter les dangers d’attaque les plus immédiats, les mêmes que nous avons implémentées ici à New York, le rapport a été envoyé à votre security officer) concernant ma venue à Paris pour l’audit complet donc, je communiquerai avec votre assistante Mathilda Pulsar, qui est très charmante au demeurant d’après les contacts téléphoniques que nous avons eus.…

Ma chère Asia,

L’hiver tire à sa fin même si on a eu et on aura encore droit à quelques chutes de neige, des saupoudrages seulement, de fin de saison comme dit la météo non sans humour (involontaire sans aucun doute, je te parlerai une autre fois du manque d’humour patent des Américains) et je vais pouvoir aller promener mon Leica (mes Leica) pour prendre des photos plus joyeuses que ces ciels gris et tristes, ces branches noires et nues.…

Ma chère Asia,

C’était bien toi, comme je suis content ! C’est bien toi enfin, tu ne peux pas savoir combien de mails j’ai envoyés avant d’avoir cette réponse ! Combien de fois mon mail précédent, que tu as donc enfin reçu, est parti dans le vide ou le néant de l’Internet. Y a-t-il un cimetière pour ces mails ou tournent-ils en boucle à l’infini en attendant que quelqu’un les prenne en pitié et les accueille ?…

Ma petite Asia,

Enfin je retrouve ta trace en ce mois de février 2015. 2015 ! Ça fait un an et demi depuis la dernière fois qu’on s’est vus, à JFK le jour de ton départ des States.

Évidemment ton numéro de téléphone n’était plus actif et comme tu ne m’as jamais envoyé ton numéro français… Tu devais le faire mais j’imagine que dans la fébrilité du retour c’est passé aux oubliettes.…