Hi Adrien,

J’espère que ton séjour à New York se passe bien. Qu’est-ce que ça donne le bilan d’audit de sécurité ? Et ce Mister Gantier, il tient la route ? En tous cas, je l’ai trouvé charmant au téléphone l’autre jour.

De mon côté, je ne m’en sors plus. Le téléphone n’arrête pas de sonner, j’ai une tonne de classement en retard, et vérifier les fiches clients me prend un temps fou. Je suis trop lente. Même quand je marche dans les couloirs, je me fais toujours dépasser par un costard-sans-cravate avec un dossier sous le bras, un café à la main et un téléphone à l’oreille. Je n’arrive pas à faire trois choses à la fois (deux, à la rigueur). Sans compter les intrusions dans mon bureau, de collègues qui semblent ne rien avoir à faire d’urgent le mercredi, et qui restent là, à me raconter les potins de la boîte, de la mante religieuse qui dévore les mâles du back-office, jusqu’au coincé du 2e étage, en passant par le stagiaire qui a tapé dans l’œil de sa chef, cette incompétente qui ferait bien de se marier et rester chez elle à s’occuper de ses mômes. C’est ce qui va m’arriver, je le sens. L’ex femme au foyer, la belle-sœur d’Adrien, vous savez, la remplaçante d’Aïcha, celle qui fait en deux jours ce que vous faites en une heure… je vais être livrée en pâture aux langues de vipère !

D’autant plus que ce matin, j’avais oublié mon badge. Et comme ils ont renforcé la sécurité depuis la menace des hackers, j’ai eu droit à l’interrogatoire du gardien : votre service, votre étage, le nom de votre n+1. J’aurais préféré que tu sois là aujourd’hui. Car alors que je ne m’y attendais pas, il m’a demandé quel ou quelle collègue pouvait venir me chercher pour monter jusqu’à mon bureau ! Pas question de citer Hervé Grimbert. C’est Gladys que j’ai fait descendre. Je l’ai regretté : après l’interrogatoire du gardien, j’ai eu le sien dans l’ascenseur. Et où est Adrien, et quand revient-il, et qu’est-ce qu’il fait là-bas ?… (Fouineuse ou amoureuse ?)

Ce n’est pas tout. Arrivée dans mon bureau, je pose mon sac, j’allume l’ordi, je m’apprête à me connecter au réseau… je fouille dans mon sac. En vain. J’ai oublié mon token. Obligée de faire appel à LOL, le mec de l’informatique avec qui tu as eu une prise de bec, celui qui malgré ses 30 balais n’a pas encore dépassé le stade de l’adolescence. Son nouveau truc aujourd’hui : terminer chacune de ses phrases par « à toi ».

Et ce midi, comme je n’avais pas mon badge (ah, ça c’est sûr, les nouvelles circulent dans les couloirs plus vite que moi), devine qui m’a proposé d’aller déjeuner ensemble, histoire de bien me chaperonner pour le reste de la journée !

Mathilda

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