Surprise ? Pas vraiment, Monsieur Pulsar. Il n’est guère surprenant que vous refassiez surface au moment où s’émiette l’entité Asialexandre. Alex ne vous a rien dit bien sûr, Antoine non plus, d’ailleurs Antoine vous voit si peu, il ne perdrait pas son temps à parler d’autre chose que de lui-même ! Mais Antoine est un enfant dont il est si facile de tirer les vers du nez, n’est-ce pas, Adrien ?…

Au fond, qu’importe.…

Cher Adrien Pulsar,

Vous mieux que quiconque savez combien le désir qui survient entre deux êtres ne se décide pas, ne se maîtrise pas, que le désir est maître et roi.

Vous le savez, Adrien, et lorsque j’ai appris que le jeune homme à qui vous m’avez fait demander l’hospitalité était votre amant (un amant que vous malmeniez bien fort, à cette époque), je n’ai rien dit.…

Cher Monsieur Pulsar,

Oui, je sais, j’ai disparu, pardon. C’est drôle, j’ai reçu votre mail au moment même où j’écrivais à Antoine que je n’avais plus de nouvelles de vous depuis des lustres. Ma vie, vous demandez ? Jusque là ma vie s’est appelée Hibook, mais j’ai bon espoir que ça change un peu. Maintenant je commence à m’habituer à la boîte, je suis un peu plus rapide dans certaines des tâches à effectuer, et parfois, j’arrive même à ne pas rentrer trop tard chez moi.…

Cher Monsieur Pulsar,

Eh oui, je suis toujours votre voisine, mais plus pour bien longtemps. Le savez-vous ou non, Antoine est rentré de Bordeaux. Je l’ai retrouvé un matin, endormi sur les toilettes, la tête sur son ordinateur qui imprimait depuis des heures des lignes et des lignes de k. Le pauvre, c’est qu’il n’avait pas voulu me réveiller, moi qui dormais dans son lit depuis des jours !…

Des nouvelles, enfin ! Je craignais que ce long silence ne soit le signe de votre lassitude. C’est que j’avais complètement oublié votre séjour en Norvège, avec ma mémoire à trous.

J’ai été amusée que vous m’ajoutiez comme « amie » sur Facebook. Vous êtes bien la dernière personne que j’imaginais utiliser les réseaux sociaux sans une extrême méfiance. Pour tout vous dire, je n’avais même pas eu la curiosité de regarder si vous y aviez un compte, et cela en dit long car je suis d’une nature curieuse.…

Cher Monsieur Pulsar,

Tout marche comme sur des roulettes et comme je l’avais prédit, me voilà votre obligée jusqu’à la fin des temps.

Concernant l’appartement, j’ai échangé plusieurs mails avec Monsieur Brühl qui a été extrêmement gentil, puis j’ai rencontré son frère mercredi dernier lorsque j’étais de passage à Paris. Loin des craintes que je m’en faisais il a l’air tout à fait tranquille et agréable : je vais donc emménager à la fin du mois !…

Cher Monsieur Pulsar,

Pardon pour cette absence. C’est que votre proposition est terriblement embarassante, et j’ai passé tout ce temps à balancer entre une lettre de refus affirmé et une autre d’acceptation pleine de reconnaissance.

D’abord le stage à l’étranger, ensuite le potentiel boulot, maintenant le logement ? Vous allez bientôt apposer votre signature sur tous les aspects de ma vie.…

Félicitations, Monsieur Pulsar ! On ne m’avait encore jamais abordée en évoquant « les charmes de ma troisième dimension ». Je vois que vous connaissez les mécanismes de la gente féminine, pour si bien user de la flatterie. N’y voyez aucune ironie de ma part ; je m’étais simplement plue à imaginer que vous étiez le même ours dans votre vie quotidienne que dans vos rapports professionnels.…

Cher Monsieur Pulsar,

Oui, le 30, ça me va parfaitement. Je connais un excellent sushi près des Halles, caché dans une toute petite ruelle, si ça vous convient on pourrait s’y rejoindre vers midi. Je l’aime bien parce qu’il est souvent très calme et les tables sont suffisamment espacées pour qu’on puisse avoir une conversation sans qu’elle tombe dans les oreilles des autres clients.…

Cher Monsieur Pulsar,

Pardonnez cette réponse tardive, j’ai eu des problèmes avec mon ordinateur pendant mon voyage en Nouvelle Orléans. Figurez-vous qu’il a attrapé un virus, et tout accès à internet était donc bloqué ! J’ai enfin réussi à le faire réparer et découvre seulement maintenant votre mail.

Cette semaine-et-quelques-jours en Nouvelle Orléans a été formidable bien que peu reposante. La musique est omniprésente et on ne peut que se laisser happer par ce tourbillon dont on ressort lessivé, les muscles douloureux, les vêtements déchirés.…

Cher Monsieur Pulsar,

Merci d’avoir répondu, finalement. Je suis contente de lire que vous avez apprécié notre collaboration autant que moi !

Non, je ne suis pas encore rentrée. Je profite du dernier mois de mon visa pour passer du temps chez une amie américaine que j’avais rencontrée quand j’étais au collège. Sa famille possède une très belle maison de campagne perdue au fin fond du Connecticut et elle m’a invitée plusieurs fois à venir la voir mais je n’ai jusqu’ici jamais trouvé le temps.…

Alors Monsieur Pulsar, qu’est-ce qui vous est arrivé ce matin ? Je joins mon dernier rapport en PJ, puisque pour je ne sais quelle raison vous m’avez abandonnée sur skype. Ce n’était pas très gentil pour mon dernier vendredi, mais je vous pardonne.

J’espère que vous allez mieux mais je ne me fais pas d’illusions. Que vous n’ayez pas répondu à mon mail, passe encore, j’ai compris le message.…

Cher Monsieur Pulsar,

Je me permets de vous écrire parce que vous m’avez paru très triste, tout à l’heure. Même si je ne vous ai jamais rencontré, nos multiples meetings via skype ont fini par dresser dans ma tête une image de vous en patron sévère, pas désagréable mais un peu froid dans sa politesse distanciée, le genre d’homme qui a dépassé le stade des émotions, ou qui a appris à très bien les cacher – la relation professionnelle, vous voyez le genre ?…