Adrien,

Que voulais-tu que je dise ? Avais-je d’autre choix que de t’écouter patiemment me faire le récit exalté de tes nouvelles amours ? Alors je t’ai écouté, et si je n’ai pas fait de commentaires c’est que je n’en avais aucun à formuler. Je suis certainement trop honnête pour feindre l’enthousiasme et suffisamment bienveillant pour m’abstenir de jouer les rabat-jouissance. Ne m’en tiens pas rigueur mais je ne suis pas très à l’aise dans le rôle du frère pédé. Cette qualité d’ailleurs semble étrangement raviver ton intérêt pour moi.

Ce garçon a l’air très bien, Adrien. Et les années ayant enrichi ton charme ravageur, je suppose qu’il ne doit pas être des plus repoussants. Permets-moi cependant de reprendre mon rôle de grand frère donneur-de-leçons (il me parait mieux adapté) et de te dire combien je trouve malsaine l’aisance avec laquelle tu t’es accommodé de la tromperie et du mensonge. Tu revendiques, comme un adolescent rebelle, ta liberté de vivre ta vie selon tes choix. Mais, encore une fois, tu n’as pas fait de choix. Ou plutôt tu as fait celui de ne pas choisir, ce qui revient à peu près au même. Je comprends que tu sois si amoureux du petit Antoine, et que tu aimes trop Sophie et les enfants pour leur imposer une séparation dans des conditions si pénibles, pour être capable de faire un choix. Ta faiblesse justifie-t-elle pour autant de leur infliger ta lâcheté hypocrite ? Plus tu t’installeras dans ce médiocre confort et plus il sera difficile d’y renoncer.

Prends le temps nécessaire pour réfléchir mais prends une décision rapidement. Tu peux compter sur mon soutien. Tu mérites mieux que cette vie de piètre salopard.

Je t’embrasse.

Marc

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