Thérèse,

La nuit m’a laissé silencieux. La nuit où mon sac de couchage est resté froid, où tes draps, m’avais-tu dit -les mots résonnent encore- se sont « emplis d’une chaleur nouvelle ». Bien des jours après, j’y pense encore à nos corps détendus après l’amour. Avant aussi j’y pense encore. Avant cette nuit, avant la nuit. Des jours puissants et faciles à vivre avec toi. L’évidence. C’est cela qui me laisse silencieux : l’évidence. Que fait-on d’elle, quand elle se présente ? Je sais toujours que faire quand on ne veut pas de moi, je fais comme les chiens : je me déroge. Là, ce que je fais, d’abord, c’est de choisir le silence. Je me range du côté du temps. Le temps, cet allié, qui permet de laisser infuser nos heures, de les transformer en doux souvenirs – nous avons cela pour nous. Le temps, cet ennemi, qui nous assassine, nous éloigne et parfois nous fait oublier – nous avons cela contre nous.

Je me souviens de ton enthousiasme intérieur et pudique à la vue d’un mur d’écriture, de ta haute voix lisant un passage des Vagues de Virginia Woolf “Le store frémit doucement, mais tout dans la maison restait vague et sans substance. Au-dehors, les oiseaux chantaient leurs mélodies vides.”, de tes doigts tapotant sur mon torse au rythme de Jardin des délices de Manset , de tes yeux et tes pas pressés de me faire découvrir les arènes de Lutèce arrêt place Monge, de ton réveil, chiffres orange dans la nuit 4h57, alors que le hamster sprintait dans sa roue, sans doute encore troublé par la fougue de nos ébats.

Thérèse, tu vas te moquer, depuis la nuit, je pense à cette chanson « des heures incandescentes et des minutes blanches, des secondes insouciantes au rythme de tes hanches ». Je ne te promets rien, sois rassurée (ou inquiète d’ailleurs), c’est juste la faute à Johnny et Goldman et à ce fichu tube qu’ils ont fait. Il vaut mieux ça que les serviettes qui tournent, non ?

Ici les heures sont remplies de feuilles raturées et de poils de chats (c’est la période…). Les gens sortent des supermarchés avec des sacs saturés d’œufs en chocolat. On aime bien se raconter des histoires, cloches que nous sommes. Comme l’enfant que j’étais, fouillant dans les buissons humides, derrière les feuillages denses, en haut des arbustes la trace de ces sésames d’insouciances astucieusement semés par mon père. Et cette insouciance qui ne reviendra jamais. Le pare-brise est coloré d’une teinte Polaroid aujourd’hui.

Je te laisse là. Des pensées, douces. Des baisers, là, au creux de ton cou.

Étienne

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Une pensée sur « Cloches que nous sommes »

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