Antoine,

Je suis désolé de tout ce qu’il t’arrive. Cette histoire de cumulus est tout de même très drôle ! Je t’imagine rageant sous ta douche glacée pendant que ton frère se réchauffe chez une fille… J’ignorais que les problèmes de plomberie pouvaient jouer un rôle aussi crucial dans les aventures sexuelles. Cependant la technique de ton frère a une limite : qu’adviendrait-il s’il se voyait refuser le lit – et donc la douche – d’une femme incommodée par son odeur ? Un cercle vicieux s’enclencherait inévitablement : sans douche, pas de fille et faute de fille, il devrait dire adieu à la douche. La situation repose en réalité sur un équilibre très fragile qui, je te le souhaite, ne tardera pas à se rompre. Si pourtant tu es trop incommodé pour être patient, il m’est avis que la meilleure solution serait de contraindre ton frère à prendre une douche chez vous afin qu’il réalise l’urgence de la réparation du chauffe-eau. Il suffirait qu’il soit suffisamment sale pour qu’une douche s’impose. Il ne te reste plus qu’à faire en sorte que cela se produise, et même dans le cas où tu n’aurais pas inventé l’eau chaude, tu devrais trouver le moyen en étant un peu inventif.

Revenons à un sujet plus sérieux : Madame de Sévigné et Marcel Proust. Je n’ai lu l’un et l’autre que trop peu, et il y a trop longtemps, pour pouvoir en parler convenablement (surtout à un homme qui doit les connaître fort bien). Je ne les ai de toute façon jamais lus en parallèle et ignorais qu’on puisse le faire. Ainsi donc, je présume, sans trop risquer de me tromper, que tu étudies la littérature.

A ce propos, j’ai réfléchi à ta demande. Si tu n’es pas trop exigeant sur la rémunération (il est hors de question que tu travailles gratuitement), il se pourrait que j’accepte de te prendre en stage cet été à la librairie. Nous ne sommes que deux pour la gérer, Claire et moi, et ta présence nous permettrait de prendre l’un et l’autre plus de vacances cet été. Bien sûr, tu ne serais jamais seul. Je ne sais pas quelle idée tu te fais de ma librairie. C’est un petit établissement mais qui a sa clientèle. Une partie du boulot consiste à vendre ce que les gens attendent et viennent y chercher, c’est-à-dire les gros succès de librairie. A côté de cela, nous essayons de développer d’autres types de ventes, essentiellement auprès de clients réguliers et que nous connaissons bien. Nous travaillons aussi avec des établissements scolaires et nous faisons de l’animation culturelle avec quelques associations, les communes et les écoles. Il faudrait que nous puissions parler de tout cela de vive voix. Claire sera à Paris le week-end prochain. Vous pourriez peut-être vous rencontrer ? Si tu es d’accord, je lui donnerai ton adresse mail et elle te contactera.

Pour ce qui est d’un mariage avec Julien, il n’en est pas question. Cela n’aurait pas le moindre sens. Je suis d’ailleurs étonné, qu’après être devenu une institution archaïque que les lois et les mœurs ont peu à peu détruite, le mariage soit finalement érigé au premier rang des préoccupations sociales et objet de tant de luttes passionnées. Les vieilles idoles ont de l’avenir.

Bien à toi,

Marc R. Pulsar

PS : je ne pensais pas que l’évocation de García Márquez aurait un effet aussi terrible. Crois bien que j’en suis confus.

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Une pensée sur « Chauffe-eau »

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