Marc,

Je suis désolé. Ton prénom commence par les mêmes lettres que le mot « maman », et bien sûr le mail de cette nuit ne t’est pas destiné, il était tard et je n’ai pas vu que je m’étais trompé, j’espère que tu ne l’as pas lu. Nous avons ma mère et moi une relation difficile : après la mort de son père en juillet dernier, elle est entrée dans une église dirigée par des fanatiques, et cette seconde maison l’a beaucoup changée sans que ni moi ni mon père ni mon frère ne puissions l’en empêcher. Elle a trouvé là-bas une sorte de foi mystique, et aujourd’hui elle termine chacun de ses mails par des échantillons de prières et de psaumes. Je n’imaginais pas cela : ma mère autrefois si lucide et méfiante à l’égard des prêcheurs et des marabouts, sombrant à son tour dans les ténèbres d’une religion.

Je n’avais pas prévu de te parler de tout cela, je ne voulais pas m’ouvrir à ce point ni te faire voir dans quel enfer ma famille est précipitée, mais après tout c’est toi qui a insisté pour que je te fasse parvenir des extraits de mon manuscrit, et les gens de mon sang forment une source indéniable d’inspiration. Il y a un peu de ma mère dans le personnage fou d’Antonia Tramonti, qui aura une place centrale au cours du deuxième tome, comme il y a un peu de moi sans doute dans le benjamin de la tribu. Je t’ai mis en pièce jointe une ébauche de l’introduction du premier livre, celui qui s’ouvre sur la fin des années 50, avec l’arrivée en France de la première génération. C’est une version à retravailler, je le sais, mais tes conseils et remarques seront les bienvenus pour que je puisse m’améliorer.

Encore une fois je suis désolé pour le dernier mail, je ferai plus attention la prochaine fois avant de cliquer sur « Envoyer ».

Antoine.

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