Salut Antoine,

Je ne pouvais pas trop te raconter, à la boutique, ce qui m’est arrivé le week-end dernier alors j’espère que tu ne prendras pas trop mal que je passe par un mail pour le faire.
Samedi soir, comme c’était les vacances, j’avais une soirée chez un pote. J’y suis allé avec Victor, qui avait enfin réussi à sortir quelque part sans Laurie, et j’ai eu la surprise d’y retrouver Clémentine.
Je te vois d’ici en train de commencer à ronchonner mais je te jure qu’elle ne m’avait pas dit qu’elle y serait ! Tu sais que je ne l’avais pas revue depuis notre rupture car malgré les quelques échanges de textos dont je t’ai parlé et la prévision d’une sortie ciné, finalement annulée, j’avais plutôt suivi tes conseils et n’avait pas cédé à la tentation de la revoir.

À partir de maintenant, tu vas pouvoir commencer à ronchonner avec raison.
J’ai parlé avec Clémentine. Beaucoup parlé.
J’avais plus rien à perdre, donc j’ai vidé mon sac. Je lui ai parlé de Daphné, de ma frustration, de son hostilité à une avancée plus charnelle de notre relation. Quitte à passer encore pour un obsédé, il fallait que je mette les points sur les i, que tout soit déballé pour en finir une bonne fois pour toute.
Après coup, je ne sais pas si j’ai bien fait.
Je n’ai pas beaucoup ouvert la bouche pendant qu’on marchait sur le trottoir, alors qu’elle, elle n’arrêtait pas (je serai infoutu de te dire ce qu’elle m’a raconté) et ça a duré une bonne vingtaine de minutes, mais aux alentours de deux heures du mat’, on se retrouvait tous les deux devant la porte de son appartement. Cinq minutes après, au pied de son lit.
Et c’est à ce moment-là, que je me suis transformé en looser. Mais pas le petit looser ridicule, non, le genre de looser high-level, SuperLooser ! Le mec qui pendant des mois a attendu une chose et qui, au moment où enfin il peut concrétiser son vœu le plus cher, voit son rêve s’effondrer.
Et pourtant, elle y a mis de la bonne volonté et beaucoup d’ardeur, la pauvre, mais je ne m’explique toujours pas pourquoi j’ai pas été capable de bander ! Je n’avais quasiment pas bu de la soirée, donc je ne peux pas mettre ça sur le dos d’un trop-plein d’alcool ! Victor m’avait prévenu que la première fois, l’utilisation de la capote pouvait « calmer la bête », comme il dit, mais là, même l’excuse de la capote ne peut pas marcher puisque je n’ai pas pu aller jusque là !
Je suis dépité ! Démoralisé ! Qu’est-ce qui s’est passé, bordel !? Et comme un con, j’avais tellement peur que ce soit un problème mécanique qu’en arrivant chez moi, je me suis collé devant mon ordi et j’ai maté la première vidéo venue pour vérifier que la machine fonctionnait normalement ! Tu ne peux pas savoir à quel point j’avais honte de moi en dégainant mes kleenex pour nettoyer toute trace du délit.
Je me sens bête, tellement bête, de te raconter ça, tellement bête de le vivre, surtout. Je ne sais plus où me foutre, ni quoi faire vis-à-vis d’elle. Que je m’excuse ? Que je m’arrange pour réessayer dans un autre contexte ? Que je laisse réellement tomber ?
J’ai pas de réponses à toutes ces questions. Je ne t’en demande pas forcément mais il fallait que je le dise à quelqu’un et pour l’instant tu es le seul à qui j’avais envie d’en parler.

Je ne t’embête plus avec mes histoires.

Bisous.

Baptiste.

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