Antoine,

Excuse-moi de cette réponse tardive. Ne crois pas que j’étais gêné que tu te confies. Après tout, accepter de lire tes écrits, cela signifiait consentir à entendre tes confessions. Nous étions partis en voyage quelques jours.

Je n’ai pas pu m’empêcher de lire le mail que tu as écris à ta maman. Pardonne ma curiosité. Tout ce récit est rempli d’énigmes. Cette ville qui porte l’étrange nom de Nuits, que peut-elle bien dissimuler ? Et cette femme, Armance ! On dirait le nom d’une fée. Je ne l’avais jamais entendu. Est-ce ta sœur ? Et puis cette sombre église à laquelle ta mère s’est vouée et que j’imagine être une secte. Il y a aussi tes visites chez la dame au perroquet qui semble sortie d’un film français un peu mièvre. Irène Balthazar ! Même son nom parait fictif. Et cette terrifiante excitation à l’idée de mourir jeune. Ton monde à toi ne semble pas être fait de matière. De quoi est-il fait alors ? D’esprits ? De fumées ? N’a-t-il donc aucune consistance ?

En ce qui concerne Adrien, je ne crois pas qu’il serait très raisonnable de te dire tout ce que je sais de lui. Je ne sais de toute façon pas par où commencer. Que dirais-tu en premier toi si on te demandait de parler de ton frère ? Il a effectivement une femme, Sophie, avec qui il a eu deux enfants ; mais après ce que j’ai appris ces derniers temps, je dirais que cet élément résume assez mal la vie d’Adrien. Ils les ont appelés Viviane et Tristan. Viviane a un nom de fée elle aussi. Il lui va bien. Tristan en revanche est un prénom qui convient assez mal à mon neveu. C’est un petit garçon très joyeux. Tristan, celui qui jamais ne rit. Curieux choix de prénom, tu ne trouves pas ? A première vue, on pourrait penser que mon frère a destiné ses enfants à des amours plus courtoises que les siennes. Ce serait mal le connaitre. Il ignore à peu près tout d’Iseult la Blonde, des philtres magiques et des nefs aux voiles blanches. Tu t’en es peut-être rendu compte.

Quoi qu’il en soit, je n’ai pas connaissance d’un nouvel amant. Je n’ai pas eu de nouvelles depuis son voyage en Corée, du moins pas directes. Gabriel m’a dit qu’il était très nerveux depuis son retour. Ils se sont engueulés d’ailleurs (ce qui est assez rare). Je t’épargne les détails, je ne sais pas ce qu’Adrien t’a raconté sur la famille.

Je prendrai le temps de lire ton ébauche dans les prochains jours. Nous pourrons en parler ensuite si tu veux. J’y trouverai certainement des confessions plus secrètes et plus intimes que celles que tu m’as faites dans tes derniers courriers. C’est troublant cette confiance que tu m’accordes.

Bonne soirée.

Marc R. Pulsar

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