Salut Baptiste,

Est-ce que tu vas bien ? Pour ma part je tourne dans mon lit à n’en plus finir, difficile de dormir depuis quelques nuits. Je me retrouve comme un con à ressasser, à m’énerver tout seul, parfois j’en veux à Romain d’être allongé à côté de moi et de ronfler tranquillement, je me faufile hors de la couette pour m’échapper dans la cuisine, fumer et me vider la tête. Après quoi ce sont toujours les mêmes rêves qui reviennent, répétitifs et absurdes, et qui rendent mon sommeil instable, je me réveille à moitié dans le noir et me demande si je suis bien conscient ou si mon esprit n’est pas piégé dans une sorte de sas entre la lucidité et la transe. Encore une fois je peste contre l’immobilité de Romain, j’observe les contours de son visage à demi éclairé par mon téléphone et je te jure, je te jure que j’essaie de réincorporer le désir que je ressentais pour lui dans les lignes de son nez ou de sa mâchoire, mais le désir est mort et son visage ne ressemble déjà plus à celui de l’été dernier.

Baptiste, pourquoi je te dis tout ça ? Pourquoi je me livre sans détour à un mec de 16 ans que je connais à peine, alors que j’en aurai 26 dans quelques mois ? Ce n’est pas une question de solitude, moi qui ai toujours été un ours solitaire, maintenant je suis entouré comme jamais je ne l’ai été. A vrai dire depuis l’an passé il me semble que les rôles s’échangent à tour de bras, résultat je ne sais plus comment me positionner. Je voudrais rester le petit dernier, celui qui ne maîtrise rien et à qui on pardonne tout, mais il faut maintenant que je joue les grands frères, le tonton, l’aîné de la tribu. Est-ce que tu vois ce que je veux dire ? Après tout, toi tu as toujours été le grand, est-ce que pour toi ça n’est pas bizarre de traîner avec moi ?

Baptiste, il est 4h du matin, je ne te raconte pas la gueule que j’aurai tout à l’heure au magasin. A vrai dire j’ai écrit ce mail il y a plusieurs jours déjà, il patientait dans mes brouillons et cette nuit je me décide à l’envoyer sans trop savoir pourquoi. Est-ce que ça te dit qu’on sorte ensemble demain soir ?

Bisous,

Antoine.

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