Cher Autre Monsieur Pulsar,

Pour qui vous prenez-vous ? On peut dire que vous vous êtes bien fichu de moi ! Le tramway, le parc Montsouris, le géant, ça, vous aviez sorti le grand jeu. Et moi je me suis laissée conduire par le bout du nez, depuis le début. J’ai marché, j’ai couru : et bien voilà ce qu’on appelle être bête comme ses pieds ! Cela faisait longtemps qu’on ne me l’avait pas rappelé, vous êtes bien charitable et même vous y avez employé un talent que personne n’avait eu avant vous.

Et d’abord qu’est-ce que c’était que ce chemin tout déglingué que vous m’avez fait prendre ? Le tramway diffuse vos voix quand bon lui chante, le parc Montsouris ferme à 17h30, vous m’envoyez dans une rue au nom sinistre de « Tombe Issoire » et par-dessus le tout, le géant Isoré ne s’y trouve plus. Sortez de chez vous, Autre Monsieur Pulsar ! cela fait plus de deux ans qu’on l’a enlevé. J’avais l’air bien idiote à le demander aux passants, est-ce que vous imaginez cela ? Et puis surtout je devais avoir l’air d’une tout à fait ahurie quand, « sous le géant » selon vos indications, l’un des passants m’a appelée par mon prénom. Vous aviez pensé à tout, n’est-ce pas, Monsieur Autre Pulsar ?

Tout de même, je n’en reviens pas, vous aviez défini le lieu, vous aviez supposé l’heure, vous aviez décrit mes lunettes et ma natte brune, en somme vous aviez tout prévu sauf de me prévenir ! Et pour être bien sûr de votre coup, vous aviez même annoncé que je serai sans doute en retard, vous ne manquez pas d’air Autre Monsieur Pulsar ! Sachez que je suis une personne tout à fait ponctuelle quand on m’informe que j’ai un rendez-vous ! J’imagine que vous saviez parfaitement que je n’aurais jamais accepté d’héberger un inconnu chez moi, ami d’un autre inconnu, et celui-là un taiseux de la pire espèce, un voyeur qui lit les mails destinés à d’autres, un voyou qui joue de votre naïveté, un beau-parleur qui vous endort avec des murs et des poèmes. Un taiseux beau-parleur, c’est tout à fait ce que vous êtes !

Si je suis bien gentille, n’allez pas croire que c’est pour vos promenades, c’est seulement que votre ami avait l’air bien ennuyé, qu’il comptait sur moi (puisque vous lui aviez dit que j’étais d’accord !), que quoiqu’il dise je voyais bien au fond de ses yeux gris qu’il était un peu perdu dans Paris lui aussi et que j’avais mauvaise conscience de le laisser à la rue. C’est tout ! Tout de même il faut que vous soyez une brute bien épaisse : cela ne se fait pas du tout d’inviter quelqu’un puis de le laisser trouver le gîte sous un géant invisible, vous savez !

Bref, sachez qu’Étienne est tout à fait charmant, lui, qu’il peut revenir ce soir et dormir chez moi jusqu’à son retour à Bordeaux, que je lui ai interdit de vous donner mon adresse et de vous dire quoique ce soit sur moi comme il a dû vous l’expliquer, que ces voix du tramway m’ont fait voyager au-delà de Paris mais que je ne risque pas de vous faire le plaisir de vous le raconter, que je refuse plus que jamais de vous voir et que vous avez tout intérêt à me proposer une nouvelle de vos belles promenades si vous ne voulez pas aggraver votre cas.

Furieusement,

Thérèse

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2 réflexions sur « Invisible »

  1. Il est beau ce mail…

    Adrien apparaît tout à coup comme un sacré manipulateur, il ordonne son petit monde, place ses pions comme un joueur d’échec…

    Et maintenant ? Que vont se dire Thérèse et Adrien ? :)

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