Ma chère Asia,

La mort de David Bowie m’a cueilli un lundi matin alors que je revenais de Los Angeles, après une nuit de black-out Internet, avion oblige, quand, en attendant mon bagage je rallumais fébrilement mon téléphone pour vérifier les nouvelles — soulagé de ne voir aucune mauvaise nouvelle, entendre attentats, actes terroristes et tout ce contre quoi nous tendons le dos ces temps-ci — comme sortie de nulle part l’annonce de la mort de David Bowie est tombée, irréelle en ces temps d’attentats à répétition, aussi triste qu’elle soit, une mort naturelle en somme.

Comme dit mon père à propos de cette série de morts, toutes nos figures familières qui disparaissent en ce début d’année : «  Ils ne vont pas tous nous mourir comme ça les uns après les autres quand même ? » Bowie, ensuite cet acteur anglais au même âge et de la même maladie, avant Bowie il y avait eu Galabru puis Courrèges, puis Ettore Scola, Edmonde Charles-Roux, j’en oublie. Bref je suppose que c’est la vie, est-ce qu’on le remarque plus parce que c’est rapproché, parce que c’est en début d’année ? Évidemment rien ne se compare à toutes ces morts des attaques terroristes, quotidiennes maintenant dans le monde entier, même l’Asie n’est pas épargnée au vu des dernières nouvelles, après tout ces gens-ci ont eu la chance de vivre une vie sinon épanouie, au moins remplie, ont créé de la beauté du rire de l’art — ce qui est certainement moins le cas de ces anonymes dont certains ont passé toute leur existence dans des pays où il est difficile de vivre, en état de guerre permanente ou de dictature affolante, entre la peur des tirs nourris des armes et des bombardements ou tout simplement la peur du coup de poing à la porte en pleine nuit, l’armée ou la police qui les embarque sans qu’ils ne sachent pourquoi.

Bref tout ça pour te dire qu’en ce début d’année déjà lugubre, la mort de David Bowie m’a pris de court aussi étrange que cela puisse paraître. On ne s’habitue pas à la mort des gens que l’on a toujours connus, dont on pensait inconsciemment qu’ils étaient éternels. Bowie a bercé mes jeunes années (mes parents adorent, ils avaient tous les vinyles à l’époque, puis ont acheté les CD) et a continué à scander ma vie jusqu’à présent. J’en étais à me dire qu’en rentrant de Los Angeles j’allais acheter son tout dernier opus (en vinyle) et je suppose que recevoir la nouvelle de sa mort à peine 2 ou 3 jours après la sortie de cet album n’en a été que plus choquante ou plus déroutante. On ne s’attend pas à ce que quelqu’un qui vient de rendre publique sa dernière création meure dans la foulée…

Au passage je ne peux que te recommander d’écouter le merveilleux disque de reprises de chansons de Bowie par Seu Jorge, The Life Aquatic studio sessions, en guitare acoustique samba, une voix et une guitare seulement, ça te plaira puisque toi aussi tu donnes dans ce genre quelquefois. (C’était pour ce film complètement déjanté de Wes Anderson.)

Drôle de début d’année, espérons que le reste sera meilleur, pour l’instant rien n’incite à l’optimisme, pourtant tu me connais je suis plutôt porté à voir la vie du bon côté.

De tes nouvelles pour bientôt j’espère,

Jean-Baptiste qui voulait simplement te souhaiter une bonne année 2016 et qui s’est fait rattraper par le passé lorsqu’il s’est fracassé sur le présent.

Tweet about this on TwitterShare on Facebook
remonter la correspondance