Ma petite Asia,

Enfin je retrouve ta trace en ce mois de février 2015. 2015 ! Ça fait un an et demi depuis la dernière fois qu’on s’est vus, à JFK le jour de ton départ des States.

Évidemment ton numéro de téléphone n’était plus actif et comme tu ne m’as jamais envoyé ton numéro français… Tu devais le faire mais j’imagine que dans la fébrilité du retour c’est passé aux oubliettes. Et le mail non plus ne marchait plus, du moins sans réponse au début, ensuite les mails me sont revenus dans la figure.

Je bosse toujours dans la suite 319 à côté de celle de ton ancienne boîte. La serveuse de notre café en bas à l’angle de la rue m’a demandé de tes nouvelles au début, elle croyait que j’étais toujours en contact avec toi après ton départ. J’avoue que j’ai menti, un peu, un mensonge blanc comme on dit ici, je lui ai donné des nouvelles fictives. De toute façon c’était plus par politesse qu’elle demandait, elle nous voyait si souvent ensemble. Et on dira que, puisque j’ai donné comme nouvelles que tu allais bien et que tu étais à Paris, que tu avais trouvé un nouveau travail, c’était la vérité malgré tout, non ? Quoi qu’il en soit je ne l’ai plus vue depuis 6 mois, elle a dû changer de boulot, donc tu vois, c’est sans importance.

J’ai vu un concert sublime au mois d’octobre, tu étais déjà partie, dommage que tu l’aies loupé : le groupe Musica Nuda dans un petit club de Chelsea. Ils étaient excellents. Je sais que ce n’est pas du jazz New Orleans, mais juste deux musiciens, un homme et une femme — une contrebasse et une voix, sa voix à elle. J’ai quelques-uns de leurs albums dans mon ordinateur mais en live ils sont encore meilleurs. S’ils passent à Paris, va les voir. Tu devras être attentive, ils ne font pas les grandes salles ni les grandes affiches.

Et toi ? Tu habites où ? Paris ? En tout cas pas trouvé de trace de toi dans un quelconque annuaire ni quoi que ce soit. Es-tu en coloc ? Tu deviens quoi ? Tu travailles où ?

Le lien est ténu, j’ai trouvé cette adresse au tréfonds d’Internet dans un retweet d’un tweet de quelqu’un, bref par hasard et à force de cliquer sur des liens comme un fou j’ai fini par trouver une ébauche de profil sur un réseau social ou un autre. Je croise les doigts que l’adresse soit encore bonne. Pas voulu laisser un commentaire sur ce site, ça n’avait pas l’air très actif, je me demande si tu t’en sers finalement. Mais bon la photo c’est toi, donc je tente l’adresse mail attachée.

Je suis venu à Paris en juillet 2013, je pensais qu’on se verrait et tout ça mais impossible de te contacter, c’était déjà trop tard pour les téléphones et le mail. Rien ne marchait plus. Je me suis baladé dans les quartiers que tu m’avais dit que tu fréquentais mais je ne t’ai pas aperçue. Rien. J’étais très déçu comme tu t’en doutes. Revenu aussi en coup de vent pour business en décembre et même motif même punition.

Je commençais à désespérer, impossible de me rappeler le nom de ton boss de l’époque que j’aurais bien essayé de contacter pour te retrouver. Quant au nom de la boîte, ça ne colle pas, il n’y a pas de boîte de ce nom à Paris. Donc il doit y avoir un autre nom pour les USA. Les gens dans la suite 320 n’avaient pas tes coordonnées perso et ne connaissaient pas grand-chose de ce que tu faisais ni de ton boss, apparemment tu n’étais en contact direct qu’avec lui et eux sont en contact avec l’administration de Paris et jamais avec lui. Pas osé pousser plus, ça aurait eu l’air de quoi, d’une enquête de police ? Et pas certain qu’ils m’auraient répondu d’ailleurs. Je n’ai demandé qu’une seule fois, au début, s’ils avaient ton nouveau numéro et ton nouvel email. Mais non. Eux n’ont pas gardé contact avec toi et pour cause, si tu bossais exclusivement pour et avec ton boss. Tu ne faisais qu’utiliser le local et la connexion Internet si j’ai bien compris.

Et cet été je n’ai fait que passer à Charles-de-Gaulle, je ne suis même pas allé à Paris.

Allez raconte-moi ce que tu as fait depuis tout ce temps (j’espère que c’est bien toi et surtout que ce mail marche finalement).

J’appuie sur « send » et à-dieu-va !

Réponds-moi vite, nos conversations m’ont manqué (beaucoup).

Et toi aussi.

Jean-Baptiste

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poursuivre la correspondance

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