Adrien,

Je t’écris depuis Nuits-Saint-Georges. Nous avons fait le trajet ce soir avec mon frère et sa petite famille, Martin et Marine en pleine crise à l’avant et moi reclus à l’arrière avec le bébé. Quand elle ne dormait pas, la petite me regardait dans les yeux et je ne quittais pas non plus son regard, je voulais sonder son cerveau minuscule et comprendre comment les ébauches de pensée s’organisent à l’intérieur, mélange de rêves et de perceptions agrandies, je trouve ça épatant qu’on ait dû nous aussi voir le monde un jour comme un gloubiboulga de couleurs, de visages et de plafonds.

Parfois je me demande pourquoi j’ai oublié mon enfance et si je peux faire confiance aux impressions qui me restent du passé, si les souvenirs que j’ai de Benoît sont encore intacts, si je me souviens vraiment de sa voix, de son rire, si les images qui me restent n’ont pas été synthétisées dans ma tête pour répondre à des manques.

De la même façon, j’ai peur d’avoir réinventé certains de mes souvenirs avec toi. D’enjoliver, d’élimer, de forcer les traits. Heureusement, il y a notre correspondance. Ce mail est le 100e que je t’écris – messages Facebook compris – depuis celui du 21 décembre 2012 qui inaugurait notre amour bizarre, essentiellement digital, et je les relis toujours avec un certain plaisir, les tiens comme les miens, parce qu’ils retracent les hauts et les bas de notre relation avec la rigueur parfois cruelle d’un électrocardiogramme.

Joyeux Noël,

Ton Antoine.

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