Mon très cher Adrien,

Déçue que tu aies décidé de te rendre à ce colloque aux Pays-Bas au moment de mon pot de départ.

Merci quand-même pour ce magnifique bouquet de fleurs que tu as déposé sur mon bureau hier soir. Cela m’a rappelé mon premier jour. Tu n’étais pas là non plus, mais tu avais eu le même geste attentionné.

Merci aussi de m’avoir accordé ta confiance en me faisant embaucher pour devenir ton assistante pendant le congé parental d’Aïcha. Mon meilleur souvenir de cette année passée dans ton entreprise sera tout de même les pauses déj que nous avons partagées, pendant lesquelles tu as pris le temps de me parler de toi, de Sophie, de Viviane et Tristan, de tes querelles avec Marc, d’écouter mes conseils pour apaiser vos tensions, de me raconter tes séances de piscine avec Paul et Baptiste. Certes, tu es toujours resté évasif sur Gabriel, mais j’ai renoncé à essayer d’en savoir plus sur cette Thérèse, qui restera mystérieuse pour moi à tout jamais.

Je quitte donc la boîte à la fin de la semaine, pour retourner à mon sort de mère au foyer. Les collègues défilent dans mon bureau : « alors, pas trop triste de nous quitter ? ». Qu’ils se sentent importants ! Non, je ne suis pas triste de ne plus avoir à supporter les entrées fracassantes d’Hervé Grimbert, ni de ne plus devoir esquiver Gladys au détour d’un couloir, ou d’entendre les blagues de ce lourdaud de Lol (le mec de l’informatique). Pas triste non plus de ne plus faire de cauchemars sur les dollars et autres devises qui remplissaient des colonnes interminables de tableaux et graphiques en tous genres.

Au contraire, je suis joyeuse à l’idée de ne plus avoir à compter les tic-tac du réveil en attendant qu’il sonne avant le saut du lit, à chronométrer le temps à rester sous la douche avant de m’habiller puis courir à l’arrêt de bus en tailleur et talons aiguille. Heureuse à l’idée de passer des journées entières dans ma maison, au milieu de ses bruits apaisants (je n’entendrai plus tous ces cliquetis de clavier lorsque je traverse l’open-space) et de ses odeurs familières (je ne sentirai plus les relents fétides de l’ascenseur).

Et Paul a tellement besoin qu’on s’occupe de lui. Je ne désespère pas de le faire sortir de son mutisme. Bell’Ma t’a dit que je l’emmenais en Italie le mois prochain ? Tante Francesca nous hébergera quelques jours avant notre départ en Argentine.

Je ne sais pas si nous aurons l’occasion de nous voir avant notre départ. Alors je te souhaite un bon colloque et une bonne continuation au bureau. Fais-moi signe à ton retour. J’espère que je pourrai capter à Córdoba. J’y resterai le temps qu’il faudra, mais ne t’inquiète pas, je reviendrai sûrement.

Prends soin de toi Adrien.

Je t’embrasse.

Mathilda

Tweet about this on TwitterShare on Facebook
remonter la correspondance