Cher monsieur Pulsar,

Je me suis longtemps trituré les méninges pour savoir si je devais vous écrire ou pas. C’est pas bon, de triturer : on dit qu’il ne faut pas toucher une blessure, ou un bouton, que ça peut s’infecter. J’ai retrouvé ce petit bout de papier froissé, sur lequel vous m’avez noté votre adresse mail, « au cas où », comme vous m’avez dit. « Au cas où » : à force de triturer, ça c’est enflammé, et j’ai trouvé mon « cas où ».

J’ai souvent repensé à cette exposition, et à notre rencontre. C’était presque surnaturel, et si je la racontais, on ne me croirait pas. Moi, vous, arrivant en même temps, aux côtés opposés de cette sculpture. Celle qui n’avait retenu l’attention de personne, sauf de nous. Combien de temps sommes-nous restés devant ? Une éternité ? Alors, vous m’avez demandé si je faisais partie de l’œuvre, et ça m’a fait rire. Je peux bien vous le dire : pour me faire rire, c’est très compliqué. Chapeau bas.

Je n’aime pas rire, je n’aime pas m’exprimer autrement qu’avec des matériaux. Cela ne veut pas dire que je sois triste : je ne pleure pas non plus. Je reste neutre, et je n’exprime mes sentiments qu’en créant. Je ne sais pas si je suis bonne dans ce domaine, mais j’aime bien, c’est le principal. Nous avons discuté de la sculpture. Vous m’avez demandé ce qu’elle représentait pour moi. Je ne savais pas, à l’époque, mais aujourd’hui, je crois que j’ai compris : tous ces néons colorés, qui partaient dans tous les sens, ça devait être le bonheur. C’est comme cela que je l’aurais représenté, moi.

Vous m’avez demandé mon prénom. Vous m’avez dit qu’Armance était presque l’anagramme de romance, que c’était joli. Vous avez lu en moi comme dans un livre ouvert, vous avez compris que j’aimais me perdre dans les pages des bouquins, vous avez vu que je me plaisais à rester seule, mais vous, Adrien, vous êtes un mur. Votre peau est infranchissable. Qui êtes-vous ? C’est bien pour savoir cela, vous savez, que j’ai décidé de vous contacter. Et pour parler un peu d’art, aussi, vu que vous avez l’air d’apprécier. Vous voulez bien ?

Bien à vous,

Armance

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poursuivre la correspondance