Tu me demandes des nouvelles. Que te dire que tu ne saches déjà ? Ou pas ?
D’abord la pluie, les pluies, geignardes ou intenses, aux gouttes fines ou aux cailloux glacés, pressées ou éthérées, noyant sans distinction les chaussées et les caves.

Puis soudain tellement chaud que, sur la route, l’asphalte a fondu. Devenu brillant comme du miroir épais. Les pneus et les semelles y collent dans un vacarme assourdissant. Et une étrangeté inquiétante. L’impression d’avancer sur quelque chose de foncièrement hostile, qui s’arrache de tout ce qui le touche dans un crissement famélique. Dérobade intense de la terre censée nous soutenir, infligeant un vertige aigu.

A quelles nouvelles trahisons si prévisibles devra-t-on faire face, conscients qu’on en est les créateurs déments et dépassés?
Le jouet fut trop facile et le désir trop avide. Maintenant il prend sa revanche.
Ployer enfin sous sa souveraineté, voilà la nouvelle donne.
L’avidité aveugle et égarée on se présente, la queue entre les jambes, en méprisable débandade.
Oui, je sais, je ne suis qu’un oiseau de mauvaise augure, cela fait des lunes que je t’écorche les oreilles, alors je ne vais pas enfoncer le clou. Quoique….

Des bises des enfants, qui traversent pluies claires et chaleurs apprivoisées avec leur grâce habituelle. Et de moi, des doutes, comme d’habitude.

Sophie

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