Cher Monsieur Pulsar,

Je me permets de vous écrire parce que vous m’avez paru très triste, tout à l’heure. Même si je ne vous ai jamais rencontré, nos multiples meetings via skype ont fini par dresser dans ma tête une image de vous en patron sévère, pas désagréable mais un peu froid dans sa politesse distanciée, le genre d’homme qui a dépassé le stade des émotions, ou qui a appris à très bien les cacher – la relation professionnelle, vous voyez le genre ?

C’est sans doute la bonne attitude qu’un patron doit avoir avec sa stagiaire, mais moi je ne m’y fais pas, je ne m’y suis jamais faite. Je rentre dans le jeu parce que je n’ai pas le choix, mais j’aimerais bien parfois voir comment vous êtes en vrai, je veux dire quand vous n’êtes pas ce bonhomme flou dans mon skype qui commente mes rapports et mes articles avec une voix qui saute toutes les deux minutes. Je crois qu’instinctivement du coup je prends toujours la défense du buste en costard en vous imaginant avec des contours tout nets, rentrer chez vous le soir, embrasser votre femme et vos trois gamins (ou deux ? Je me souviens plus de ce qu’Aïcha m’avait dit, mais elle me l’avait dit). Je suis sûre que vous avez de l’humour, dans la vraie vie.

Et puis surtout je me suis dit que bon, allez, mon stage est fini dans une semaine et après neuf mois à vous skyper deux fois par semaine sans rien échanger d’autre que des histoires de boulot, on pouvait bien se permettre un peu de familiarités.

Alors pourquoi vous êtes triste, Monsieur Pulsar ? Vous n’avez même pas lu mon rapport cette fois, je le sais, vous m’avez dit qu’il était bien mais vous avez torché le sujet comme un élève qui a oublié de réviser. On ne va pas inverser les rôles, quand même. J’espère que rien de trop grave n’est arrivé, chez vous, à Paris. Moi Paris ne me manque pas, j’y étouffe. En tout cas, Monsieur Pulsar, prenez soin de vous. Vous m’avez inquiétée. Et ne m’en voulez pas pour mon indiscrétion, elle n’est gavée que de bonnes intentions.

Bien cordialement,

Asia Santana

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poursuivre la correspondance

2 réflexions sur « (Pas d’objet) »

  1. La femme de ménage des locaux parisiens où Asia a passé son entretien… Elles avaient sympathisé quand Asia attendait son tour. Elle aime bien Adrien parce qu’il dit toujours bonjour le matin, il est toujours aimable. Et puis, il lui fait la causette quand il prend son café. C’est agréable de travailler pour des gens comme ça. :)

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