Salut Baptiste,

Pas de leçon la dernière semaine de décembre, j’ai pris quelques jours de congés pour descendre à Dijon voir ma famille. Non pas que cette perspective m’enchante mais ma mère a insisté pour que vienne compléter le tableau – et, pour être franc, les flocons d’avoine et les cocktails de légumes lacto-fermentés me tapent sur le système. Bref, j’ai accepté de me coltiner les cadeaux, la maison sans chauffage et la 3G approximative,  au moins je serai content de retrouver Paris en janvier.

C’était chouette de pouvoir discuter comme ça l’autre jour, même si le cours en a fait les frais. On avait sans doute l’un comme l’autre besoin de libérer quelque chose, et puis j’ai aimé que tu te confies à moi sans détour. Dans mon entourage les gens ont tourné la page ou bien ils font comme si, mais pour ma part la colère ne faiblit pas et les cauchemars se succèdent indéfiniment. Chaque portrait ajouté au mémorial du Monde est une épreuve, une prolongation du chagrin, et pourtant je ne m’autorise pas d’écart, je veux connaître ceux qui sont tombés et les garder quelque part dans ma tête. Comme toi je me demande si on ne va pas droit dans le mur maintenant, avec tout ce qui se passe et qui nous dépasse, je me demande comment on pourrait agir pour changer les choses alors qu’il est devenu si difficile de seulement penser. Je m’inquiète aussi de ta génération, j’ai peur qu’on ne se comprenne pas toujours et que le monde change à tel point qu’on ne le reconnaîtra plus.

Enfin, ce mail n’avait pas vocation à s’éterniser. Je dois courir dans tous les sens pour faire les cadeaux de Noël (qui sait ce qu’on offre à un bébé d’un mois qui ne s’intéresse sûrement qu’à manger dormir et pleurer ?), vivement que ce monde bêtement consumériste finisse par se casser la gueule et qu’on en termine avec ces célébrations sans queue ni tête !

A plus,

Antoine.

PS : la vieille peau est revenue à ma caisse ce matin, elle ne voulait pas que je touche à ses produits mais je devais quand même les ranger dans son cabas, je ne te raconte pas comme j’ai fulminé mais heureusement Shanou a volé à mon secours – super Shanou ! – je me demande comment elle arrive à garder à ce point son sang-froid…

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