Très cher Adrien,

Voilà deux semaines que Paul n’a pas touché à ses jeux vidéo. Voilà des mois que je n’attendais que ça. Et aujourd’hui, cela me manque. De ne plus entendre les mélodies électroniques et répétitives de ses jeux favoris, de ne plus l’entendre pester et recommencer ses parties inlassablement, ou crier victoire lorsqu’à force il réussit à gagner. Il ne regarde plus la télévision, son téléphone portable est éteint (il dit que sa batterie est déchargée et qu’il ne retrouve plus son chargeur, mais je n’en crois pas un mot). C’est lui qui semble s’éteindre… Je tente bien de lui changer les idées, de lui raconter les dernières blagues de Lol quand je rentre du boulot, mais soit je les raconte mal, soit elles ne sont pas si drôles que ça, soit… En tous cas, il esquisse juste un sourire. Et ce sourire, ce rire qui ne sort pas, qui ne sort plus, semble en dire long, mais on ne l’entend pas. Pas de mot non plus dans son carnet de correspondance, qui dirait comme d’habitude « Paul doit cesser ses bavardages ». L’autre soir, Gabriel lui a parlé d’un ton un peu sec car il avait laissé traîner son sac de piscine dans l’entrée. Il traînait depuis une semaine, depuis le dernier jeudi où vous êtes allés ensemble à la piscine. Paul a pris son sac sans broncher, il le tirait derrière lui comme un fardeau et l’a monté dans sa chambre.

Adrien, quand retourneras-tu à la piscine avec Paul ? S’il te plaît.

Je t’embrasse.

Tweet about this on TwitterShare on Facebook
remonter la correspondance
poursuivre la correspondance